Israël
existe
14 mai 1948
C'était
un vendredi, je m'en souviens très bien; il faisait grand soleil et mon
père a rapidement fermé les volets du grand salon qui s'est assombri
soudain.
Ma mère nous avait toutes appelées
à voix basse: « Venez vite au salon » avec une voix
de conspiratrice, le doigt sur la bouche en regardant vers la cuisine ou Abdallah,
notre frère arabe d'adoption s'affairait. Chut!
Nous sommes entrées. A cette heure de la matinée, mon père
aurait dû être au travail mais il était là. Que se
passait-il donc de si extraordinaire?
Allait-on nous annoncer pour la 7ème
fois la naissance d'une petite soeur?? Ce ne fut pas le cas.
Le paternel nous accueillit avec un "chut" renouvelé.
L'énorme poste de TSF était allumé. Mais le son était
si bas qu'il nous fallut nous regrouper autour en un cercle bien hermétique.
Les grand -mères étaient là aussi dans l'attente de l'évènement.
Nous ne comprenions pas. Tant de solennités soudain; un mot surgit brusquement
d'un communiqué radiophonique, et ce fut l'explosion: Israël
existe.

Le drapeau israélien sur Massada
devant la Mer Morte
Jamais je n'oublierai. J'avais huit ans
mais cet instant est une permanence inaltérable en moi; il est la centralité
de mon être. Les cousins, ces merveilleux compagnons de jeux et d'affection
dès leurs seize ans, avaient déjà, dans la clandestinité,
quitté la Tunisie par des périples douteux et dangereux. Les mouvements
haloutsiques se chargeaient de les conduire vers la lumière. Nombre d'entre
eux sont depuis tombés sur les fronts.
Israël existe
Là dans le salon clair obscur.
Laisser son coeur éclater de joie sans bruit pour que rien ne transparaisse
au delà de la porte. Hurler de joie en silence pour ne pas se dévoiler
en terre hostile.
Les embrassades des parents qui nous serrent dans leurs bras, les larmes qui
coulent, la joie étouffée mais si profonde, si intense tellement
libératoire.
Israël existe
L'instant de cette naissance est resté
gravé dans mon cœur en une énorme et bruyante explosion de
tout mon être. Cet instant se déroulait pourtant dans un silence
intense. Nous n'étions plus une famille, nous étions un seul être
tendu par l'amour, la joie, la libération; une libération tenue
au silence et à l'expression maîtrisée. Un moment de grâce
indicible.
Israël existe
Les grand-mères qui avaient connu
l'une le pogrom de Tripoli, l'autre le pogrom de Gabès sanglotaient sans
retenue. Leurs larmes de joie se mêlaient de propos de tristesse pour
tous ceux qui n'étaient plus là pour connaître ce jour.
En judéo arabe elles murmuraient
bénédictions et rappels des disparus. Eux aussi devaient apprendre
la nouvelle attendue depuis deux millénaires. Il fallait le leur dire.
ISRAEL EXISTE !!
Et ce ne fut plus qu'une obsession: un
jour je serai là-bas. Huit ans. Il me fallut attendre huit années
pour enfin réaliser ce rêve.
Josiane Sberro
Joyeux
Anniversaire Israël !
Pour un jour, un jour seulement, celui du 60eme anniversaire
de l’Etat d’Israël, gageons et souhaitons que cette journée
du 8 mai soit celle des rires, de la joie et de l’allégresse dans
tout le pays.
Quelle fierté pour ce peuple, qui peut désormais
et sans honte se retourner vers ce qu’il a bâti. Un véritable
état moderne et démocratique, une nation qui peut être fière
du niveau qu’elle a acquit dans les sciences et les technologies, les
arts et la culture.
Un pays qui sait accueillir ceux qui viennent y vivre
et s’y installer, et où chacun peut comme il le souhaite contribuer
à son devenir.
Ce peuple qui a su faire pousser des « Oranges dans
le sable », doit pouvoir jouir désormais de ce droit imprescriptible
et inaliénable qu’il lui a été donné en 1948.
Celui de jouir de ce qu’il a bâti, sans jamais
renier son éthique, sans jamais renoncer à son amour pour la vie
et aux grands principes qui le caractérise.
Puisse t-il être capable de garder la foi et continuer
malgré les embûches à œuvrer pour une paix proche,
un des plus ambitieux objectifs qu’il s’est fixé. Pour tout
cela, bon anniversaire Israël.
Jean-Michel Peretz
© Primo,
8 mai 2008